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ZIKR
Situer la performance soufie : Perspectives critiques sur la musique, les traditions et la mémoire
Conférence conjointe de l’University of North Carolina à Chapel Hill et l’Université Cheikh Anta Diop

N’Dour, Youssou: au 2002 Montreux Jazz Festival en Suisse, Fabrice Coffrini -epa / Corbis

Qu’est-ce que c’est que la performance soufie ? On a l’habitude de définir le soufisme dans un sens très large comme le mysticisme islamique, ou la spiritualité ; on le considère universel dans son point de vue et au-delà des limites étroites des identités religieuses. Or, en pratique, les traditions soufies s’agrippent au local, au régional, définies par les filiations spécifiques des maîtres et des disciples et centrées sur les monuments très physiques aux saints régionaux. Bien que les références coraniques soient fréquentes dans la performance soufie et que les textes arabes soient représentés dans les lieux non-arabes, les langues régionales et les idiomes musicales jouent des rôles déterminants dans l’expérience des traditions soufies, surtout dans celle du zikr, la remémoration du divin. L’industrie mondiale de la musique et les chercheurs orientalistes se satisfont peut-être de la catégorie de « musique soufie » mais la plupart de ce qui se classe sous ce nom dans une région du monde serait inconnue aux auditeurs d’autres régions. Le spectacle des « derviches tourneurs », l’ordre mevlevi dont les origines se tracent à Roumi, n’était pas connu hors des territoires ottomans avant le XXe siècle, mais de nos jours, il est devenu emblématique de la performance soufie dans un contexte global. Les chanteurs qawwali, qui sont très populaires en Inde et au Pakistan, ne sont pas souvent reconnus par les Soufi en Afrique du Nord ou de l’Ouest, pour qui les représentations régionales du baye fall, du stambali et du diwan ont plus de valeur spirituelle et sociale. Cette conférence s’appuie sur la diversité des pratiques régionales de la performance soufie dans le but de contester le récit global du Soufisme monolithique.

 Rizwan-Muazzam Qawwali

Rizwan-Muazzam Qawwali

Bien que les représentations soufies contemporaines soient comprises en Occident comme les concerts musicaux, elles se définissaient à l’origine en tant qu’exercice auditive (samac, , en arabe, et sema, en turque), qui soulignait la récitation des textes capables à être entendus à plusieurs niveaux ; l’accompagnement musical était facultatif et d’une importance secondaire. Face au discours de la loi islamique qui désapprouvait l’engagement sensuel avec la musique, écouter est devenu une pratique éthique d’une élite spirituelle. Cependant, les circonstances se sont évoluées depuis cette époque-là. Grâce à la diffusion mondiale des enregistrements audio (pour un public à la fois ethnographique et global), la musique soufie est aujourd’hui une manifestation culturelle de masse : les musiciens-vedettes jouissent d’une popularité fétiche, parfois avec des allusions New Age. La compréhension des textes a laissé place à l’expérience du concert. Plusieurs questions se relèvent : Comment la musique soufie a-t-elle été redéfinie dans les contextes régionaux ? Comment situe-t-elle par rapport aux discours islamiques normatifs et aux définitions nationalistes de la culture ? Comment les traditions soufies se transforment-elles au moment où elles sont représentées sur scène, au musée, au festival ou sous l’influence du soutien financier des entreprises ? Quel est le rôle des textes, soit en langue régionale soit en arabe ?

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Nani Topeng Losari

La conférence sur ZIKR : Situer la performance soufie, qui aura lieu à Dakar la deuxième semaine de juin 2017, propose de réunir les chercheurs de la Soufisme pour discuter les questions ci-dessus, parmi d’autres, et souligner cinq cultures régionales associées à l’Indonésie, à l’Iran, à l’Asie du Sud et de l’Est, à l’Afrique du Nord et de l’Ouest et à la Turquie, mais en liant ces cultures aux tendances plus globales. L’atelier réunit les efforts de l’University of North Carolina à Chapel Hill, Carolina Performing Arts et l’Université Cheikh Anta Diop, une démonstration de la collaboration croissante des deux universités. Les langues officielles de l’atelier sont l’anglais et le français. La conférence aura lieu en participation avec le Salam Festival, un grand événement culturel soutenu par le musicien renommé Youssou N’Dour qui mettra en avant de nombreux concerts de musique ouest africaine, liée à la tradition soufie.

La conférence se conçoit comme un atelier avec les contributions soumises, puis distribuées, un mois en avance. Quinze conférenciers sont attendus (dix des Etats-Unis et de l’Europe, deux de la Turquie et trois du Sénégal), chacun étant donné une heure pour présenter sa communication. Cet espace de temps sera divisé en trois parties : une première partie d’une présentation brève (10 à 15 minutes), une deuxième d’une réponse de la même durée et une troisième réservée à la discussion. Ceux responsables de la contribution des réponses seront sélectionnés des universités sénégalaises.

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