les intervantes et les résumés

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« Poèmes soufis : naissance et évolution : l’exemple sénégalais »
La poésie soufie est née au Sénégal avec la naissance et le développement des foyers d’enseignement arabo-islamique dans ce pays.  Influencés certainement par les commerçants et marabouts maures, premiers maîtres des marabouts et enseignants sénégalais, ces derniers n’ont pas manqué de composer des poèmes pour montrer leur maîtrise de la langue arabe et leur capacité dans ce domaine mais également d’autres objectifs que nous allons développer dans cette communication. Les marabouts soufis suivaient un programme d’enseignement bien conçu avec un contenu très riche axé, entre autres, sur l’étude de l’unicité de Dieu, de la jurisprudence, de la grammaire, de la langue et de la littérature, de la rhétorique, des hadiths, du soufisme, de la biographie du Prophète (PSL). Tout cela venait après avoir mémorisé le Coran en entier.

Dans cet exposé nous allons aborder les points suivant :  la naissance et l’évolution de la poésie soufie au Sénégal, ses objectifs : louange, critique, conseils, prières, éducatif, pédagogique, sociale, son style, les types ou formes, les diversités, la musicalité ou les différents tons des chants soufis. Il s’agit aussi de citer quelques poètes connus ou peu connus dans ce domaine. Nous allons aussi traiter de son impact émotionnel (sur les couches sociales, les talibés disciples de confréries) et financier (sur les chanteurs, les groupes de chanteurs,) et de quelques problèmes et manquements constatés, et enfin, le secret de la réussite des Cheikhs dans cette approche didactique.

Né dans le Saloum où il s’est initié au Coran sous la direction de son père, Djim Dramé intègre en 1982 le daara Serigne Amadou Serigne Lô de Koki où il termine son apprentissage du Livre-saint. Licencié de la faculté de langue arabe de l’Université Al-Azhar d’Egypte en 1995, il rentre au Sénégal et décroche successivement le certificat d’aptitude à l’enseignement moyen (CAEM) en 1997, une licence d’arabe (1998), la maîtrise en littérature arabe (2000), le certificat d’aptitude à l’enseignement secondaire (CAES) en 2002, un Master en sciences de l’éducation (2009) de la Chaire Unesco en sciences de l’éducation (FASTEF).  En 2013 il soutient sa thèse de doctorat en langue et civilisation arabo-islamiques à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Il officie de 2002 à 2014 comme professeur d’arabe à l’Institut islamique de Dakar. Il est depuis 2015 chercheur au Laboratoire d’islamologie de l’IFAN Cheikh Anta Diop de l’UCAD. Il est l’auteur d’un ouvrage intitulé : L’enseignement arabo-islamique au Sénégal : le daara de Koki. Il a publié des articles scientifiques et de presse, a participé à de nombreux colloques. Il anime également des conférences dans sa spécialité.

« L’ Apologie défensive d’Abul Abâss Ahmat At Tijânî à travers le poème :  Fa ilayka  Yabna Mahamadine Nâdânî de Cheikh Ahmad Tidiane Sy Al Maktoum. »
Poème conçu en Nuniyya (mètre Mâmil) par l’éminent penseur Al Maktûm ( Qu’Allah fasse bénéficier le Sénégal de ses grâces infinies), il y aborde plusieurs facettes du Fondateur de la Voie Tijâne allant des vertus chevaleresques inhérentes à sa forte personnalité à la consécration suprême sous forme de vue panoramique symbolisée par un manteau vivificateur des deux mamelles de la Religion : la Shari ‘ a et la Haqiqa. La spécificité de cette production poétique réside en ce qu’elle repasse en vue le sens de la vie sur terre en profitant de l’approche éducative de la Tariqa Tijâne. En outre, en revisitant le Coran tout en ne retenant que l’esprit des versets, Al Maktûm invite à la réflexion discursive et fustige le chômage et la passivité tout en magnifiant les plénipotentiaires de la Tijâniyya dans leur combat de tous les jours.

Cheikh Tidiane Fall est titulaire d’un Diplôme d’Études Approfondies en islamologie de l’Université d’Aix-en-Provence (France) et d’un doctorat en études et civilisation arabo-islamiques de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis (Sénégal). D’abord professeur dans le moyen secondaire pendant une dizaine d’années, puis inspecteur de spécialité en arabe, il enseigne l’arabe et la traduction depuis 2007 à la Section des langues étrangères appliquées (LEA) de l’UGB. Membre du Laboratoire d’Etudes et de Recherches sur l’Islam et sa Civilisation (LERIC) de l’Université Gaston Berger, il est spécialiste de l’héritage arabo-islamique de Saint-Louis, ville historique et centre de convergence d’ulémas. Il s’interroge sur l’apport des fonds documentaires privés dans la valorisation du patrimoine  culturel national. Hagiographe et traducteur d’œuvres ésotériques d’éminentes figures de l’islam en Afrique de l’Ouest, il s’intéresse particulièrement à la production intellectuelle de l’École de Tivaoune. Le docteur Cheikh Tidiane Fall est par ailleurs auteur de plusieurs publications et conférences sur les rapports entre islam et société.

« Les pratiques spirituelles soufies en Asie centrale chinoise »
En Asie centrale chinoise, les Soufis, dispersés parmi les Ouïghours turcs indigènes, ont gardé leurs pratiques spirituelles malgré un siècle de remous sociaux et de resserrements politiques ainsi qu’un immense développement pendant les décennies plus récentes. Ils s’inspirent des traditions qui viennent d’Inde et d’autres régions d’Asie centrale, mais leurs réseaux sont à la fois fortement concentrés et diffusés, centrés sur les khaniqa locales, les lignages des cheikhs et les sanctuaires historiques et les lieux de pèlerinage qui sont le long du désert du Taklamakan. Les mélopées arabes de leur dhikr sont recouvertes de la poésie chantée de la langue turque qui sont parfois accompagnées d’instruments mélodiques dans certaines communautés religieuses. Bien de ce répertoire s’est glissé dans la tradition musicale—et ostensiblement laïque—des Ouïghours, connue sous le nom des Douze Mughams. Elle jouit d’une double vie comme mise en scène arbitrée, sous-tendue par des racines spirituelles discrètes.

Rachel Harris enseigne l’ethnomusicologie à SOAS, Université de Londres. Elle dirige actuellement le projet de recherche Leverhulme intitulé « Sounding Islam in China » [« Mettre en musique l’Islam en Chine »] ; elle prépare aussi un livre Soundscapes of Uyghur Islam [Les paysages sonores de l’Islam ouïghour] qui embrasse des sujets aussi divers que les pratiques rituelles du village, les sons médiatisés et les trajectoires transnationales, les interventions de l’état et les réponses engendrées. Elle s’intéresse aussi à l’héritage culturelle tangible et aux projets étatiques du développement culturel ; elle travaille aussi de manière appliquée sur la performance et la transmission de projets qui explorent l’héritage soufie de l’Asie centrale à travers des frontières.
Rachel Harris site internet

« Des ambiguïtés de la mise en scène de la musique soufie »
Le spectacle tunisien El-Hadhra a sans doute créé un nouveau genre de musique soufie en sélectionnant et en reconstituant des éléments musicaux des diverses communautés religieuses tunisien-soufies et en les présentant selon les besoins de la scène de spectacle (au lieu des exigences de la progression rituelle). J’analyse les implications de cette approche modulaire et « plug-and-play » au Soufisme et à ses musiques et je propose la valeur d’une lecture précise qui identifie les stratagèmes des organisateurs pour minimiser et maximiser l’écart contextuel entre rituel et scène. La conséquence, comme j’indique, est une collection d’ambiguïtés productrices qui permettent de multiples lectures de l’expérience de la mise en scène de ce spectacle iconique qui est devenu un nom familier depuis son début en 1991 et a adopté de nouvelles significations face à l’état et à la politique de l’expression religieuse dans la sphère publique après la révolution tunisienne de 2011.

Richard Jankowsky est professeur associé de musique à Tufts University. Ethnomusicologue, il est aussi auteur du livre Stambeli : Music, Trance, and Alterity in Tunisia [Stambeli : Musique, transe et altérité en Tunisie] (University of Chicago Press, 2010) et éditeur de The Bloomsbury Encyclopedia of Popular Music of the World Volume X : Genres of North Africa and the Middle East [L’Encyclopédie Bloomsbury de musique populaire du monde tome X : Genres de l’Afrique du Nord et du Moyen Orient] (Bloombsury, 2015). Il est présentement bénéficiaire d’une bourse du National Endowment for the Humanities pour entreprendre un nouveau projet intitulé Ambient Sufism : Devotional Pluralism and Music as Everyday Mysticism in North America [Soufisme ambiant : Pluralisme et musique sacrés comme mysticisme quotidien en Amérique du Nord].
Richard Jankowsky site internet

« Ecouter Dieu, danser pour l’âme : Les difficultés de la danse et de l’écoute dans la tradition médiévale islamique »
Dans l’histoire du soufisme dans la littérature médiévale arabe et persane qui parle des conventions de sama’, quelques auteurs faisaient des commentaires sur la danse (raqs). Leurs avis présentent un point de vue très retreint qui suggère à la fois la controverse relevée par la danse dans le contexte de sama’ et l’inclusion habituelle de la danse dans les pratiques de sama’ prémodernes qui ont existé hors de l’ordre Mevlevi sur les plans spatial et temporel. Parfois, cette préoccupation avec les conventions reflète un concerne plus élevé du rôle du pouvoir de la musique dans la quête de l’harmonie avec le divin. Parfois, la danse représente un défi particulier aux conceptions médiévales du comportement « acceptable » de la part d’un soufi. Or, ces conversations sur la danse offrent un aperçu sur l’existence et l’importance de la musique, même dans les cas où les textes soufis ne les mentionnent pas explicitement en discutant de sama’. Cette communication examinera les fonds culturels uniques de la distinction musique-danse dans la tradition médiévale soufie mais aussi la manière de laquelle le renouvellement continuel de la culture aurait pu altérer les avis sur le rôle de la danse dans les cérémonies de sama’ pendant la période de déplacement de l’Islam de l’Asie centrale et occidentale en Asie du Sud et en Afrique du Nord.

Ann E. Lucas est professeur assistant d’ethnomusicologie à Boston College où elle enseigne dans le programme sur les Sociétés et Civilisations islamiques. Professeur Lucas se spécialise en historiographie de musique dans la communauté linguistique persane et se focalise sur le rapport entre l’évolution musicale et les fissures principales dans les structures politiques. Elle s’est actuellement engagée dans un nouveau projet de recherche sur le rapport entre la musique et la danse au Moyen Orient, surtout en Egypte. Parmi ses œuvres sont « The Creation of Iranian Music in the Age of Steam and Print, c. 1880-1914 » [« La Création de la musique iranienne pendant l’ère de la vapeur et de l’imprimerie, 1880-1914 »] (Global Muslims in the Age of Steam and Print [Musulmans globals pendant l’ère de la vapeur et de l’imprimerie University of California Press, 2013) ; et « Ancient Music, Modern Myth : Middle Eastern Music and the Pursuit of Methodologie in Historical Ethnomusicology » [« Musique ancienne, mythe moderne : La musique du Moyen Orient et la poursuite de la méthodologie en ethnographie historique »] (Theory and Method in Historical Ethnomusicology [Théorie et méthode dans l’ethnomusicologie historique] Lexington Books, 2014). Son livre, Music of a Thousand Years : A New History of Persian Musical Tradition [Musique de mille ans : Une nouvelle histoire de la tradition musicale persane] sera publié par l’University of California Press en 2018.
Ann Lucas site internet

« La Burda, hymne religieux et poème lyrique : son introduction au Sénégal »
El hadj Malick Sy (1855-1922), le fondateur de la Tydjanya en milieu wolof a eu une approche très particulière de son enseignement de l’Islam. dans le cadre de ce qu’il considère comme la résistance culturelle face à la colonisation; il a crée une chaîne de zawiya et de mosquées à travers l’axe Dakar-Saint Louis, au Nord du Sénégal. Mais il s’est surtout forgé des instruments pédagogiques dans un monde au taux d’analphabétisme très élevé, il s’agit des gamous ou commémorations de la naissance du Prophète Muhammed et causeries religieuses; de chants, de séances de wazifas, etc.

Il existe une panoplie de chants en arabe et en wolof pour rythmer le quotidien des fidèles en dehors des prières et surtout les souder. Parmi ces chants, on peut citer le tayssir ou la burda.

Durant dix nuits, avant la célébration de la naissance du Prophète, dans toutes les mosquées tidjanes est organisé ce qu’on appelle la Burda, en référence à la Qasidat al Burda ou le poème du manteau de Sarfuddin Abu Abdallah Muhammad Al Busiri (1212-1296). Dans cette communication, nous reviendrons sur les méthodes d’enseignements d’El Hadj Malick Sy. L’importance qu’y occupe la Burda avant de terminer par une analyse de cet hymne religieux aux relents lyriques.

Penda Mbow enseigne l’Histoire du Moyen âge musulman et Occidental à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Sa thèse de doctorat soutenue en 1986 à l’Université Aix Marseille I a porté sur une étude comparée entre l’aristocratie militaire des mamelouks d’Egypte entre les XIVes et XVes. Elle a en outre travaillé sur l’esclavage dans le Proche orient de la mort du Prophète à la fin de l’empire abbasside (XIes). Ses publications pour l’essentiel portent sur l’histoire intellectuelle dans le monde musulman, le soufisme, la problématique femme/Islam, le dialogue interreligieux, les castes, la démocratie multiculturelle, etc. Madame Penda Mbow a, en outre bénéficié de nombreuses bourses parmi lesquelles on peut citer : la Bourse FAC (1982-1986),  le senior fulbright à MSU en 1992-93, Rockefeller Fondation à Bellagio en 1996, ISITA à Northwestern et  le fellowship du National Endowment for Democracy à Washington pour le projet : “Citizenship and the Secular State in Muslim countries: Bringing Africa into the Debate.” En collaboration avec plusieurs institutions, comme le CODESRIA dont elle a dirigé le Gender Institute en 1998,  en 2009, OSIWA, Gorée Institute, Trust Arica ou West Africain Resarch Center, Mme Mbow dispose d’une grande expérieance dans la réflexion sur les questions de démocratie, citoyenneté  et bonne gouvernance en Afrique. Elle a participé à plusieurs études pour l’UNIFEM, le PNUD, le FUNUAP, le CRDI… Elle est en outre membre des Conseils d’administration d’ African Monitor, BEFORE qui s’occupe de paix dans le monde. Engagée dans la société civile depuis plus de 20 ans, Penda Mbow a crée le Mouvement citoyen qu’elle dirige  et qui est  centré sur le leadership intellectuel et politique des jeunes. Elle fut brièvement Ministre de la Culture en 2001 et candidate à la mairie es HLM en 2002

Mme Mbow est membre de plusieurs sociétés savantes et a obtenu plusieurs décorations ; en effet, elle est commandeur de l’Ordre national du mérite, chevalier de la Légion d’Honneur française, Docteur Honoris Causa de l’université de Uppsala (Suède) et Femme pionnière, prix Jean Paul II pour la paix, Docteur Honoris Causa de l’UNiversité de Cluj en Roumanie.

« Je suis une femme qui invoque Allah : Les voix féminines du soufisme sénégalais »

Cette communication se focalise sur les œuvres des femmes Baye Fall (un sous-groupe de la Mouridya) qui produisent des chants de dévotion ou Zikr. S’appuyant sur deux ans du travail ethnographique en wolof qui nous a permis d’examiner de nombreuses traditions sénégalaises où se trouvent des femmes chanteuses soufies, cette étude touche à l’importance des femmes dans l’histoire de la Muridiyya, y compris Mame Diarra Bousso (mère du fondateur de cette confrérie) et la poétesse Sokhna Maï Mbacké. Ensuite, elle souligne le rôle des chanteuses importantes telles que Sokhna Dieynaba Lam et Sokhna Khady Ba. La communication se terminera par la projection d’un film documentaire de dix minutes qui a été tourné avec l’aide des jeunes femmes chanteuses ou zirkkats de Guédiawaye, dans la region de Dakar.

Ali Colleen Neff, Ph.D., est chercheuse, auteur et productrice multimédia qui a mené deux années de recherche, soutenues par les associations Mellon/ACLS, sur les femmes chanteuses soufies de Dakar, au Sénégal. Elle a fait des recherches innovatrices sur la chanson soufie et les sensations sonores dans les milieux sacrés de Touba, Prokhane et Khelcom.
Ali Colleen Neff site internet

« Les dimensions musicales du Rifâî Dhikr traditionnel : ‘Kıyam Kelîme-i Tevhîd’ »

 Le dhikr est un des aspects clés de la culture soufie ; il se base sur les préceptes du Coran et du prophète Mohammad (PSL). A travers l’histoire des ordres soufis, il a été fréquemment préconisé d’organiser les cérémonies de dhikr de manière individuelle et au sein de la communauté dans la culture tekke (de la loge). Chaque ordre soufi s’identifie à une performance du dhikr spécifique, mais ces variations ne créent aucun égocentrisme. Au contraire, chaque tarîqa jouit de cette diversité et des performances d’autres tarîqa et, ainsi, la joie de se souvenir d’Allah est élevée par chaque tarîqa de façons différentes. Dans cette communication, la tradition dhikr de l’ordre Rifâî dans la communauté Altay Tekke of Fatih (Altay Tekke de la foi) à Istanbul est réduite à son aspect musical. Les structures musicales employées et la manière de faire le dhikr seront élaborées ici. Les autres dimensions du dhikr, telles que les mœurs, les significations, le folklore et l’expansion ne sont pas traitées dans cette étude.

« La composition et la structure du rituel mevlevîyye à la lumière de Hisarbûselik Mevlevî Âyîn »
Cette étude examine la composition musicale et la structure de Hisarbûselik Mevlevî Âyîn. La première partie comprend des explications de ce que le sema et la musique signifient dans la culture musicale turc-soufie. Dans le contexte historique, le mot semâ (« entendre ») se considère un des symboles les plus importants de l’ordre Mevlevî. Mais le semâ, selon les Mevlevî, est de tourner en extase avec l’amour d’Allah ; c’est une sorte de rituel mystique qui a tiré la curiosité et des indigènes et des étrangers depuis des siècles. La deuxième partie de l’étude examine le rituel musical des Mevlevî dans le but d’expliquer la composition et la structure du rituel Mevlevîyye à la lumière de Hisarbûselik Mevlevî ayin du compositeur Sadettin Heper.

Huseyin Özkılıç est né en 1976 à Istanbul où il a aussi poursuivi ses études. En 1995, il a été accepté à l’Ecole de musique turque de l’Université Technique d’Istanbul où il a commencé sa formation en musicologie. Il a suivi du ney (de la flute à roseaux) auprès de Salih Bilgin et de musicologie et paléographie musicale auprès de Prof. Yalçın Tura. En 2000, il a obtenu son diplôme universitaire. La même année, il a commencé un Masters en musique turque. A cette période, il a étudié la musique « religieuse » avec Prof. Alâeddin Yavaşça et la musique « militaire turque » avec Haydar Sanal. En tant que joueur du ney, il a donné des concerts partout dans le monde. Hüseyin Özkılıç, qui a rempli des fonctions de responsable musical pour de nombreux projets musicaux, a écrit des articles sur la musique pour le journal « Radikal ». Özkılıç a complété ses études de Masters à l’Université Technique d’Istanbul en 2014, sanctionné par un mémoire sur la musique soufie ; il poursuit maintenant une carrière musicale comme joueur du ney dans le collège des Directeurs de la Chorale Présidentielle de la Musique classique turque.

« Samā et Sūfī-Gān »
Pendant les vingt dernières années, un genre bien lucratif de musique vocale, qui s’apelle sūfī gān, a développé dans les studios d’enregistrement de Bombay. En opposition à la pratique traditionnelle chishtie, la récompense spirituelle du « soufi » n’est pas attribuée au samā (l’écoute attentive) mais aux voix puissantes des chanteurs exceptionnels –dont plusieurs ne sont ni soufis ni musulmans. La plupart des auditeurs enthousiastes du « chant soufi » sont des Hindous laïcs et bien éduqués qui habitent les centres cosmopolites ; ils trouvent dans la renaissance soufie une métaphysique séduisante d’unité, offerte librement à quiconque et débarrassée de la division violente entre les Hindous et les Musulmans qui définit, en grande partie, l’identité socio-politique en Inde. Les Soufis Chishti orthodoxes regardent d’habitude la musique soufie avec méfiance parce qu’ils la considèrent, au mieux, sans importance à la vie spirituelle, au pire, comme une innovation moderne et nuisante. Mais les défenseurs cosmopolites de la musique soufie espèrent dépasser le simple plaisir auditif. Ils emploient un lexique vif de termes éthiques et politiques pour parler du pouvoir de la musique—de sa « liberté » par rapport du communalisme, de son éthique humaniste et unitaire, ce qui est très révélateur, de sa « transcendance » religieuse. Cette communication examine la tension éthique et métaphysique entre ces deux mondes.

Matt Rahaim est professeur associé d’ethnomusicologie à l’University of Minnesota. Son premier livre, Musicking Bodies [Les corps qui font de la musique] (2012), examine la transmission des disciplines corporelles dans la musique vocale hindoustani. Il rédige en ce moment un deuxième livre (Voice Cultures : Indian Traditions of Resounding Virtue [Cultures de la voix : Traditions indiennes de la vertu retentissante]) qui étude la cultivation des tendances vocales éthiques parmi des chanteurs divers en Inde du Nord : chanteurs Bollywood, maîtres des rites attachés aux lieux sacrés chistis, vocalistes classiques et les pourvoyeurs de styles éclectiques contemporaines connus sous le nom de « Chanter soufi [Singing Sufi] » et «  Chanter occidental [Singing Western] ». Il est lui-même aussi vocaliste hindoustani.
Matthew Rahaim site internet

« Le masque comme moyen de connaître Dieu en Indonésie »
Cette communication décrit les parallèles entre dzikir et les masques à travers le prisme des danseurs musulmans dont l’héritage remonte à un saint soufi à Java en Indonésie. Ces hommes et femmes de lignage établi dansent à l’accompagnement musical de percussion (gamelan) dirigé par un batteur. La musique joue un rôle important dans cette tradition locale. Ainsi la prière mais pas de façon de al-sama ou d’autres formes énoncées de mémoire collective. Par ailleurs, les danseurs masqués privilégient le dzikir intime et silencieux qui émane du cœur. Comprendre cette contradiction exige qu’on prête attention à la manière de laquelle les émotions sont incarnées et exprimées quand la partie la plus artificielle du corps humain—le visage—est recouvert d’un masque. Elle révèle aussi le pouvoir de la prière internalisée dans les lieux publics.

Laurie Margot Ross est chercheuse et conservatrice de la culture visuelle et de la performance dans l’Asie du Sud-Est musulmane. Son livre, The Encoded Cirebon Mask : Materiality, Flow, and Meaning along Java’s Islamic Northwest Coast [Le masque Cirebon encodé : Matérialité, Continuité et Signification le long du côte nord-ouest musulmane de Java] (Bril, 2016), décrit comment les masques et d’autres objets de performance reproduisent la voie soufie, tarekat, dans une tradition indonésienne des masques. Elle était membre du President’s Roundtable à l’Association for Asian Studies en 2017.
Laurie Margot Ross site internet

« Le chant soufi au Sénégal : les limites de la définition d’un genre hybride »
Le soufisme au Sénégal est un mélange de sacré et de non-sacré. Cela s’explique par les conditions dans lesquelles l’Islam est entré dans le pays et les multiples vicissitudes de son implantation en terre africaine. Beaucoup de structures et de pratiques sociales préislamiques ont été maintenues et adaptées à la nouvelle religion. Le chant soufi sénégalais n’a pas échappé à cette hybridité. En effet, c’est un genre très complexe, parfois mélangeant des poèmes, écrits par des guides religieux soufis et fondateurs des confréries soufies, avec des genres populaires wolofs connus comme le bàkk, le kañ, et le tagg, profondément ancrés dans la culture indigène locale. Ces multiples formes de chants soufis ont gagné leur légitimité et leur acceptabilité au sein de la communauté en se référant aux dignitaires soufis, mais en même temps se pose la question de leur “sacralité”. Ce papier a pour objet d’examiner la musique hybride soufie sénégalaise.

Mamarame Seck is a PhD holder in linguistics with concentration in discourse analysis. Among his research interests are Senegalese society and culture, the Wolof language and culture, Islamic discourses in West Africa and the functions of Sufi oral discourse in the practice of Islam in Senegal, in particular the socialization of the Sufi disciple and his relationship with the shaykh.

Dr. Seck has published a book, Narratives as Muslim Practice in Senegal, with Peter Lang Publishers, in New York. He is also the author of an Intermediate Wolof textbook, Nanu Dègg Wolof, published with the National African Language Resource Center (NALRC) at Indiana University, Bloomington, Indiana. After teaching at the University of North Carolina at Chapel for six years, Dr. Mamarame Seck joined IFAN (Institut Fondamental d’Afrique Noire) at Cheikh Anta Diop University in Dakar, Senegal, where he serves as researcher in the Département de Langues et Civilisation and chair of the laboratory of linguistics.

« le Jazawu Sakkoor de Shaykh Musa Ka: une lecture confrerique de la crise des pouvoirs ceddo en Senegambie »
Le Jazawu Sakkoor est le poème par lequel, reprenant les traditions épiques wolof, Cheikh Moussa Kâ, le biographe attitré d’Ahmadou Bamba, rend compte de l’exil du Cheikh fondateur de la Muridiyya. L’interprétation la plus populaire de ce poème l’enferme dans une critique acerbe du pouvoir colonial qui a infligé cette pénalité au marabout soufi le 5 septembre 1895. Elle s’est très peu intéressée à la lecture qu’elle opère des pouvoirs ceddo des Etats wolof de la Sénégambie aux prises avec un déclin irrémédiable et dont le personnel politique est recyclé dans l’administration coloniale. L’auteur du Jazawu Sakkoor dresse un portrait moral des débris de l’aristocratie ceddo alliée aux marabouts dévoyés et plongée dans une vaine violence qui contraste largement avec les vertus que met en place la confrérie naissante. Notre communication mettra en évidence les bases politiques et idéologiques qui opposent dans ce fin de siècle ce qui reste des pouvoirs ceddo ébranlés par la conquête coloniale et les confréries soufi, à travers l’exemple de la Muridiyya. Le texte du biographe de Cheikh Ahmadou Bamba nous en donne la trame.

Ibrahima Thioub est Professeur d’Histoire en poste à la Faculté des lettres et Sciences humaines de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar depuis 1990, il en est présentement le recteur. Il a une expérience d’une trentaine d’années dans l’enseignement, de l’élémentaire au supérieur. Il est trilingue en wolof, français et anglais. Il est membre de la rédaction de plusieurs revues scientifiques. Il est membre de plusieurs associations académiques dont l’Association de Recherche Ouest-africaine qu’il préside et l’Association des Historiens africains dont il est membre du bureau. Il est membre du Conseil scientifique de l’UCAD et de l’Institut d’Études avancées de Nantes. Il dirige le Groupe d’Études et de Recherche sur l’Exclusion et la Marginalité au Sénégal (GERMES), UCAD-Dakar et l’Institut interdisciplinaire virtuel des hautes études sur les esclavages et les traites (IVHEET). Ses recherches et enseignement portent sur l’historiographie africaine, les systèmes de domination et leurs idéologies, les esclavages et les traites en Afrique. Il a consacré quelques études à l’histoire des prisons en Afrique.

« Les (re-)configurations musicales de la “chaleur” sociale : sensation, souffrance et transe dans une communauté algérien-soufie »
En Algérie, il est attendu et n’est pas assez apprécié qu’on puisse ressentir l’énergie d’un événement ; ce qu’on ressent autour de soi s’appelle hāl. Le hāl est souvent traduit en langue arabe soutenue comme une « condition » ou un « état » mais ces compréhensions conventionnelles masquent les qualités éphémères et affectives du hāl. Dans le dīwān, un rituel algérien-soufi, la musique est essentielle au « réchauffement » du hāl afin que cette chaleur musicale et sociale puisse cultiver une vaste gamme de transe. Grâce à cette fondation du hāl chaleureux, une grande variété de transe émerge qui sert à reconfigurer le soi et ses rapports aux autres et qui s’occupe donc des douleurs individuelle et sociale dans la communauté dīwān. Cette communication s’appuie sur dix-huit mois de travail de terrain, des écrits sur l’affect, de l’anthropologie de la douleur et de la souffrance et des recherches critiques sur la musique et la transe, en proposant que les dynamiques dīwān de la chaleur sociale révèle le nœud de musique, de transe et de rituel comme épistémologie affective.

Tamara Turner est doctorante en ethnomusicologie à King’s College London où elle se spécialise en musique liée au Soufisme en Afrique du Nord, surtout parmi les ordres soufis afro-maghrébins Bilaliyya et d’autres ordres de l’Islam populaire. Ses recherches de thèse sont les premières portant sur l’étude ethnomusicologique du diwan algérien de la musique et des traditions de Sidi Blel. Ses études sont financées par King’s College London, L’Institut Américain des Etudes Maghrébines, WARA (West African Research Association) et le Forum Britannique pour l’Ethnomusicologie.
Tamara Turner site internet

« Le “Soufi” dans le monde : Visibilité, ésotérisme et savoirs régionaux à Panjab et à Badakhshan »
Les enquêtes de terrain contemporaines sur la musique dans le Soufisme se focalisent sur les ordres religieux (les pratiques d’un tariqa particulier), sur le Soufisme des monuments religieux (les pratiques aux monuments consacrés aux personnages charismatiques), et/ou le Soufisme de la musique globale (c’est-à-dire, la musique soufie comme diffusée dans le monde à travers les spectacles, les festivals et les groupes en tournée). Les idées du Soufisme et le rôle de la musique là-dedans varient parmi les adhérents à chaque « type » de Soufisme :  le Soufisme comme présenté aux tournées musicales globales et comme inclus dans l’idéal de l’humanité envisagé par le mouvement New Age permet à quiconque de s’identifier comme un Soufi. Par ailleurs, d’autres considèrent le Soufisme comme une condition d’identité qui se cache du monde et même de l’individu pendant qu’il est vivant. Les philosophies qui examinent le lien entre le paraître (ẓāhir) et l’être (bāṭin) s’intègrent à l’histoire de la pensée islamique depuis longtemps. Cette communication se concentre sur les implications musicales, idéologiques et économiques de la visibilité et de la présence parmi les Musulmans ismaéliens qui habitent près des montagnes de Badakhshan au Tadjiikistan et en Afghanistan ainsi qu’à la capitale Dushanbe. Je propose que, dans ces contextes en addition à ceux qui appartiennent ouvertement au « Soufisme des monuments » au Pakistan, faire accorder « l’intérieur » socio-musical et « l’extérieur » est un acte moral qui implique non seulement l’éthique mais aussi l’ethos—les qualités d’identité.

Richard K. Wolf, Professeur de Musique et d’Etudes de l’Asie du Sud à Harvard University, est ethnomusicologue qui fait des recherches surtout sur l’Asie du Sud et l’Asie centrale. Instrumentiste du vina de l’Inde du Sud ainsi qu’ethnographe, Wolf est auteur des publications suivantes : The Voice in the Drum : Music, language and emotion in Islamicate South Asia (2014), The Black Cow’s Footprint : Time, Space, and Music in the Lives of the Kotas of South India (2005, 2006), et Theorizing the Local : Music, Practice, and Experience in South Asia and Beyond (2009). Wolf est aussi éditeur de la revue Ethnomusicology Translations. Il est en train d’écrire un texte sur la musique et l’existence morale en Asie du Sud et en Asie centrale.
Richard Wolf site internet